« La Justice Sociale selon Emmanuel Macron ou comment faire campagne en 10 min »

10/01/2020

« Au regard de cette actualité (mouvements sociaux, grèves, salariés en difficulté, avec de plus en plus de gens à la rue, inquiétudes grandissantes) qui reflète votre mandat, que signifie, pour vous, justice sociale ? ».

C'est la question que Yolande pose à Emmanuel Macron, alors auditionné ce vendredi soir au CESE pour la 4ème session de travail de la Convention Citoyenne pour le Climat https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/ , dont elle fait partie.

Pour revoir la séquence aller directement à 1h58 min : 

Une question qui pourrait paraître hors sujet, alors que c'est précisément ce qui a mené à la mise en place de ce dispositif au format inédit : l'association des citoyens dans la construction de mesures socialement plus justes. Aspect qui manque tant aux lois actuelles et pour preuve, c'est par la contestation de la taxe carbone, injustement articulée, que le mouvement des gilets jaunes est né. Et le président de préciser :« On a fait une erreur sur la taxe carbone, elle a été votée avant que j'arrive, peut-être qu'on aurait dû l'utiliser en partie pour accompagner les citoyens, on ne l'a pas fait. On s'est pris les gilets jaunes ! ». Et pour cause, celle-ci a été détournée de son objectif, qui est normalement de financer la transition écologique.

Le président s'est empressé de rappeler à plusieurs reprises que la France n'était pas le pays le plus injuste et que la fiscalité était plus « redistributive qu'ailleurs ». Effectivement, la taxe carbone a été redistribuée aux grandes entreprises. Comment donc penser que la notion de justice sociale puisse avoir un sens pour les politiques lorsqu'un manquement de ce type arrive, lorsqu'il n'y a pas de transparence, de contrôles, de sanctions et de garanties ?

Il ajoute que la justice sociale, c'est « prévenir les inégalités, mettre chacun en situation de ne pas les subir, prévenir les injustices et la fatalité », ajoutant pour l'écologie qu'il y a une « double peine climatique » ; qu'il faut « aider à ne pas consolider l'inégalité climatique et permettre d'avoir des prestations comme les autres, d'avoir des mécanismes d'incitation pour ceux qui peuvent et des mécanismes de solidarité pour aider les plus modestes ».

Sur le papier, cela paraît presque audible, mais aurait-il oublié :

  • que des inégalités salariales existent encore et toujours entre hommes et femmes
  • que certains statuts particuliers de travailleurs les maintiennent dans la précarité (interim..)
  • que la réforme sur le chômage et la réforme des retraites vont accentuer la précarité,
  • qu'à cause des avantages accordés aux grandes entreprises, notamment en matière de fiscalité, il y a désertification des territoires, mort des centres-villes car les petits commerçants ne s'en sortent plus et eux en revanche sont taxés 30 à 42 fois plus ! Qu'à cause de cela s'ajoutent les pertes d'emplois !
  • que la TVA est un impôt injuste car non proportionnel aux revenus
  • que les plus gros pollueurs ne sont pas contrôlés, sanctionnés et sont exonérés de taxes lorsque les automobilistes ne le sont pas, pire, ils paient la TVA sur la TICPE !
  • que les crimes environnementaux ne sont pas reconnus, restent donc impunis et les victimes n'obtiennent pas réparation !

La liste des inégalités est longue et pourrait être allongée encore et encore.

Puis il a poursuivi en accablant ses prédécesseurs « je ne suis pas responsable des décisions passées » ; « j'arrive trop tard dans un monde trop vieux » et considère que les manifestations en sont les conséquences. Bien évidemment que tout n'incombe pas au gouvernement actuel, mais il a sa part de responsabilité, et a largement participé à aggraver la situation.

Si aujourd'hui des citoyens tirés au sort demandent à auditionner un président, c'est pour obtenir de vraies réponses et demander des comptes et non pas pour entendre un discours de campagne !Or lors de cet échange, telle une mission, le président s'est focalisé sur l'éducation, précisant qu'il souhaite qu'il y ait plus d'investissements sur la formation et la scolarité, qualifiant la formation des inégalités de ce secteur comme une « grande injustice française » pour laquelle, selon lui, il n'a jamais été fait de manifestations !

Le président était certainement trop occupé pour voir que depuis des années les travailleurs de ce secteur dénoncent leurs conditions de travail (manque d'effectifs, fermetures des écoles, surpopulation...) et depuis des années les collectifs et associations dénoncent les inégalités en matière d'accès aux grandes écoles et autres cursus supérieurs au sein des quartiers populaires ! Mais ne soyons pas trop durs, car c'est lors de la projection du film « Les Misérables » de Ladj Ly, que le président à découvert l'existence des quartiers populaires... ceci après avoir retiré 13 milliards aux collectivités et après avoir balayé d'un revers le rapport Borloo faisant état de la situation des quartiers populaires... Peut-être que Borloo aurait dû présenter son projet sur Netflix. Visiblement le 7ème art fait sensation !

Après s'être félicité des mesures déjà mises en place jusque-là dans le domaine de la santé, du travail et pour les privatisations en cours, qu'il a qualifié « d'investissements », son discours s'est intensifié en agacement lorsqu'il a évoqué les manifestations. D'ailleurs, à cette occasion, il n'a jamais adressé un mot aux militants blessés et n'a pas non plus salué le travail du Collectif des Gilets Citoyens (https://giletscitoyens.org/), initiateur de la Convention Citoyenne pour le Climat, né de cet élan populaire pour la justice sociale et environnementale.

Convaincu d'avoir fait ce qu'il fallait en matière de justice sociale, le président a ajouté « On peut décider que 'Gâteau avalé n'a plus de saveurs' ». Encore faut-il que ce gâteau soit réussi et comestible ! Sinon, gare aux remontées !

Priscillia Ludosky